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J’ai vu ce couple, elle lui tenait la main, puis subitement, elle quitte la main, remonte sur le bras qu’elle enlace, le regard brillant, elle ne voit que lui, à plusieurs reprises, elle lui donne de petits baisers et tout en reculant sa tête,un sourire se dessine sur ses lèvres minces et rouges.

Elle lui caresse l’oreille tendrement, en lâchant de petit cris de plaisir, comme si ils étaient seuls au monde. Comme si tout le brouhaha et l’achalandage de l’endroit ne les dérangeaient pas.

Je ne les dérangerais pas, je les quittent à leur amour…

J’en ai pas d’art… ni ces gens

Sans gens et sans art

Est-ce que cet argent?

sans cent ans et sans art

4 centres commerciaux , qu’il a visité
Qu’il a ramasser dans les fontaines la menue monnaie

dont il a fais des rouleaux qu’il a été changer

Me faire un butin de guerre

Pour combattre sa faim

Il espère voir la fin du mois, espère ne pas devenir cannibale

Et c’est le combat, combat du fin de mois pour vider les fontaines,

Se battre pour ramasser les moindres petits sous.

Trouver mille et un truc, pour soutirer des sous partout

Devenir obnubilé par cet argent

de ramasser les moindres pièces.

Il est plein de faim et une fin sans faim

Pour la troisième fois en deux ans, j’ai lâché un boulot. J’ai commencé à travailler à temps plein comme emballeur dans l’épicerie, celle que je voyais d’en face quand je bossais auparavant les week-ends et un mercredi sur deux dans se casse-croûte miteux. J’en ai eu marre là aussi, j’ai donc également lâché ma job, après cinq semaines à faire du neuf à cinq ou du une à neuf ou du neuf à trois a.m.

Ne me restaient que mes deux pièces et demi, même pas au centre-ville, même pas près de rien, ainsi que SuperC et Selection Merite, mes deux chats, qui de toute façon s’en foutaient. Ma tévé captait que quelques postes: les uns en francais et deux en anglais et un autre diffusant uniquement d’interminables info-pubs.

Le jour où j’ai fait les démarches nécessaires pour accéder au bien-être social, en revenant chez moi j’ai dit des gros mots à SuperC, mon chat, oui, le blanc qui louche, seulement parce qu’il était couché sur la table de cuisine: je l’ai traité de noms, et c’était juste pour me défoulé, en riant, rire mais je me suis senti mal après et je me suis excusé.

Je me rappelle le silence, il était comme tombé sur moi, et dans ma tête et tout autour aussi. Par la fenêtre au-dessus de l’évier je voyais danser bobettes trouées, pendus à la corde à linge.

Le téléphone a émis une première sonnerie et j’ai senti mon cœur battre comme s’il s’était enfargé dans les lacets de ses souliers. Je suis trop pauvre pour un afficheur, alors j’ai pu continuer à espérer en décrochant le combiné. Mais ce n’était pas Louisette et au fond je le savais déjà. C’était un Fille avec un accent très prononcé, d’origine Indienne ou chinoise ou Suédoise, c’est vrai que pour moi c’est du pareil au même, oui je suis de ceux qui confondent les Indien des Indes avec les Amérindiens, peut-être parce que je n’ai jamais voyagé; peut-être parce que mon nombril est pour moi le début et la fin et que mes seules escapades se sont toujours exclusivement déroulées entre mes deux oreilles.


La fille s’est évertuée pendant une bonne minute à me faire comprendre qu’elle n’avait rien à me vendre pour ensuite me demander si j’avais cinq minutes de mon précieux temps à lui accorder, et ce tout en gardant un débit incroyablement rapide, comme si elle avait peur que je l’engueule ou que je raccroche.

J’ai accepté. Elle a commencé à me poser des tas de questions sur mes habitudes de vie, les journaux que je lisais et à ça j’ai répondu Le Devoir parce que j’étais gêné de dire que j’achetais le Journal La Presse, puis pour la télé j’ai dit que j’avais pas le câble et que je parlais pas anglais, alors elle a émis un petit rire comme si j’avais dit une blague, alors j’ai ri aussi pour ne pas la mettre mal à l’aise.

La radio ne me disait rien, peut-être à cause de la fille de la météo qui s’esclaffe quand ce n’est même pas drôle et de toutes ces voix qui sonnent comme, si leurs propriétaires allaient se faire bronzer à chaque semaine. Mais finalement, c’était un sondage sur rien de tout ça, je crois en fait que ces questions ne servaient qu’à me mettre en confiance. En fait, c’était un sondage sur la crème à barbe. Mais, je n’avais pas vu de pub à ce sujet ensuite, Elle m’a demandée dans quelle tranche étais-je situé, puis qu’elle était mon occupation principale.

Le curage de nez n’était pas dans les choix de réponses qu’elle m’a donnée alors, j’ai menti effrontément en disant: étudiant. Après m’avoir demandé mon salaire annuel, qui équivalait à peu près à un salaire mensuel standard, elle m’a remerciée infiniment.

J’ai eu envie de continuer à discuter, savoir s’ elle avait un copain, s’ elle aimait vraiment son emploi, jusqu’à quel âge, elle avait pissé au lit, si ses parents était divorcés

Est-ce qu’elle étudiait, est-ce qu’elle avait un char?  quels étaient ses groupes préférés. Est-ce qu’elle aimait lire? J’ai ressenti cette envie très forte, presque dévastatrice, de connaître sa vie. J’avais besoin d’une amie. Mais je me suis contenté de dire de rien, merci, de rien.

J’ai fait cuire le contenu d’une boîte de Kraft Diner. J’ai tout mangé très rapidement en faisant des bruits dégoutant avec ma bouche. Après je me sentais lourd comme un éléphant, mais j’ai quand même continué à bouffer ce fut deux gros bols de crème glacée au chocolat, plus du contenu d’un vieux sac de chips qui traînaient sans mon armoire, acheter avec ma dernière paie.

J’aurais bien mangé autre chose encore, mais dans mon frigo, il ne restait qu’une bouteille de moutarde pressable, presque vide qui se tenait sur la tête, et un fond de mayo du commerce, un bout de fromage desséché et un restant de lait tellement épaissis et caillé qui était dans le fond du carton de lait.

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Après avoir porté le même t-shirt sale trois jours d’affilée, j’ai dû me rendre à l’évidence: je devais sortir. J’ai donc fourré la totalité de ma garde-robe dans un gros sac de vidange. Ça ne l’a même pas rempli au tiers de sa capacité.

Le cinéma américain a fait des laveries modèle absolu du romantisme moderne. C’est ridicule. Une laverie n’a rien de romantique. Il est faux de croire que c’est l’endroit où tout se passe pas plus que l’épicerie.

Jamais vous ne rencontrerez Jennifer Lopez dans une laverie automatique. Jamais vous n’y forgerez d’amitiés significatives, à moins que vous ne soyez doté d’un incroyable sens de l’entregent.

La laverie située à deux coins de rues de chez moi n’a du moins rien d’édifiant. Il n’y a même pas de revues intéressantes, on dirait les surplus des salles d’attentes des bureaux de dentistes et de coiffeur. On y va pour laver notre linge, mais on en ressort avec l’impression que tout est un peu plus sale. En y entrant ce jour-là, je nourrissais quand même secrètement l’espoir ridicule que quelque chose arriverait.

Que quelque chose me sauverait. Quelqu’un. Mais il n’y avait qu’une vieille femme avec de la moustache au vêtement laid et fleuris qui pliait ses grosses bobettes blanches jaunies rendus beiges. J’aurais peut-être voulu rencontrer une fille. Mais j’étais un peu las.

Chaque fois que je faisais le bilan de mes relations, des vraies rencontres, de mes aventures, l’ensemble me paraissait cruellement pathétique quand j’était jeune, et  innocent et je ployais sous le poids de tout ce qui était brisé, ou irrémédiablement tordu, ou sali à jamais.

En observant mes bas dépareillés, et ces paires de jeans, dont certains me  donnais l’impression d’avoir un gros cul, tourner sans s’arrêter j’ai pensé: Ce n’est pas que je les aime. C’est que je ne m’aime pas assez. Et cette image de cercle qui n’arrêtera jamais, apposée à ces mots, qui me donnait l’impression de me voir, moi, tourner pour toujours dans le vide, a fait que pour la première fois j’ai failli pleurer en observant des t-shirts sécher dans la sécheuse.

Dans cet hiver, au creux de la neige, des pas et des passants, entre et cours d’un lieu à l’autre, du boulevard extérieur, au boulevard des couloirs intérieurs, des endroits invisibles de l’extérieur.

D’un bar à l’autre, j’ai passer la corde, dans l’un des orifices prévues à cet effet. De l’autre bord est sorti un ivrogne, qui titubais gaiement; celui m’a-t-il raconter des boniments? Mais bien sûr! qu’il ment tout gaies, il me dira même: je n’étais pas dans un bar, je n’étais qu’à bord. Du bord du passager, mais de passage et qu’en changeant de bord, je me suis trouvé à sortir d’un bar, mais de l’autre bord et à bord de cette automobile, je me suis retrouvé.

Ce récit échevelé, passer sous le peigne et brosse, de la vie tumultueuse, de ce lui, celui qui a eu comme résultat, de raconter ce récit, celui de ce bar, ou de l’autre bar, celui de la rue qui est aussi de l’autre bord sur le bord de la fenêtre ou encore un autre, là oû il ont installer une barre, qui est sur bord du bar sous le bord de ce miroir, qui est au-dessus du bar sur lequel est appuyer cet homme soûl, chantant du soul musique tomba au sol…